Ateliers interrégionaux sur l’avenir de la filière du crabe

A l’issu de la meilleure valorisation de la production et sa gestion responsable

Un développement spectaculaire

La filière du crabe a été considérée par le passé, tant par les pêcheurs et collecteurs que par l’Administration chargée des pêches, comme une activité secondaire par rapport à la pêche aux crevettes et aux poissons. Depuis quelques années, la situation a changé radicalement et ceci, avant tout,  grâce au développement de l’exportation des crabes à l’état vivant vers l’Asie. La valeur d’exportation au cours de cinq dernières années a été multipliée par 3. Ce bond spectaculaire en valeur d’exportation a été réalisé, dans une moindre mesure, grâce à l’augmentation des captures mais, avant tout, grâce aux meilleurs prix d’exportation des crabes vivants par rapport aux produits congelés.

Cette situation a eu comme impact l’entrée de plus de devises, mais pas seulement. Une amélioration significative du revenu des acteurs de la filière du crabe (pêcheurs, sous-collecteurs/collecteur)  a été enregistrée. D’après l’enquête de SmartFish effectuée fin 2015, le prix de vente des crabes par les pêcheurs est passé, en moyenne, de 950 Ar/kg en 2011 à 3 150 Ar/kg en 2015. En conséquence, presque tous les pêcheurs actifs dans les mangroves se sont convertis, au moins périodiquement, à la pêche aux crabes ou à une pêche multi spécifique qui vise trois des principaux groupes des produits halieutiques : crabes, poissons et crevettes. Vu la forte demande pour les crabes sauvages vivants, la pression sur les ressources va augmenter, accélérée par la croissance démographique et la migration vers la côte où l’accès aux ressources reste en accès libre.

Risque de surexploitation

Tous ces changements, à moyen et long terme,  peuvent avoir un impact négatif sur la ressource, à savoir :  la surexploitation des crabes et la dégradation des mangroves. En parfaite connaissance des risques encourus, le Ministère des Ressources Halieutiques et de la Pêche a pris plusieurs décisions concernant la régularisation de l’exploitation des crabes à partir de janvier 2015. Ces mesures de gestion doivent assurer le développement harmonieux et durable de la filière du crabe. L’Administration des pêches a tiré, également, les conclusions de la gestion inefficace de la filière crevettière, qui s’est soldé par la surexploitation de cette ressource et la chute de production.

Parmi les mesures de gestion introduites dans la filière du crabe on trouve les quotas de pêche et d’exportation, la taille minimale autorisée, la période de fermeture, la protection des femelles ovées et des crabes mous, ainsi que l’interdiction de la coupe et vente de bois de mangrove. La conception du système législatif malgache peut servir comme modèle pour plusieurs pays africains dotés de mangrove. Malheureusement, son application laisse encore à désirer (respect du quota de pêche, de la taille minimale des captures, protection des femelles ovées et des crabes moues ainsi que des palétuviers). L’effectif limité des inspecteurs du Centre de Surveillance des Pêches ne facilite pas le contrôle sur le terrain. Dans cette situation l’engagement des pêcheurs et autres opérateurs, sous forme de surveillance communautaire et de gestion concertée, devient primordial. Sans engagement réel des opérateurs, aucun système administratif, même optimum, ne peut garantir l’obtention des résultats escomptés.

Une co-gestion communautaire

L’organisation d’ ateliers inter-régionaux par un mouvement représentatif des pêcheurs (souvent hostiles aux mesures imposées par l’Administration) est une approche tout à fait nouvelle et innovante.

Il est important de persévérer dans la recherche de leviers économiques, principales conditions pouvant garantir l’adhésion des pêcheurs et autres opérateurs à des pratiques de développement plus responsables. Ces leviers se trouvent bien sûr dans les alternatives à la pêche mais aussi, à court terme, dans l’amélioration et l’optimisation de la chaîne de valeur. En l’occurrence, il s’agit ici d’accroître le revenu de chaque opérateur, dans tous les maillons de la filière du crabe, grâce à la diminution des pertes après capture et le renforcement de la condition physique de ces crabes destinés à l’exportation à l’état vivant, . Les crabes achetés par les exportateurs (pleins, vigoureux et bien hydratés) sont payés aux pêcheurs 2 fois plus cher, en moyenne, que les crabes destinés au marché local.

Toujours d’importantes pertes après capture

Il y a 40 ans, l’expert Louis LE RESTE a chiffré le taux de mortalité chez les crabes « de l’ordre de 30%, une partie étant à la charge du pêcheur, l’autre plus importante, à celle du collecteur ». Les enquêtes réalisées par le Programme SmartFish en 2012-2015 ont démontré que le taux cumulé de mortalité des crabes (depuis le stockage au village jusqu’à la commercialisation, en passant par le transport vers l’usine ou des marchés locaux) se situe, en moyenne au niveau national, autour de 32%, et peut monter jusqu’à 40-50% en saison des grosses pluies. Les actions de sensibilisation, vulgarisation et démonstration menées entre 2013-2015 par le programme SmartFish/UE ont permis de réduire le taux cumulé de mortalité des crabes à 17,5% fin 2015. Ce taux concerne l’année entière, donc la saison sèche et celle de pluies, et les zones couvertes par le programme. Une nouvelle enquête réalisée par Blue Ventures en décembre 2017 dans la Baie de Mahajamba, montre que la mortalité est toujours très élevée pendant les mois de pluies (37,5% au total pour les pêcheurs, collecteurs et vendeurs).

L’Administration chargée des pêches (MRHP) et les opérateurs présents à l’atelier national organisé en novembre 2015 ont fixé un nouvel  objectif de diminution du taux annuel de mortalité après capture à 12,5%.

Cas de mauvaises pratiques
Guide de bonnes pratiques

Le nouveau Guide présenté et distribué au cours des ateliers interrégionaux s’inscrit parfaitement dans cet objectif de réduction des pertes. Cette nouvelle publication complète les propositions d’actions présentées dans le Manuel N°35 du SmartFish (2014). Le présent Guide contient 16 solutions innovantes qui permettront de maintenir les crabes en vie et les renforcer.

Cas de bonnes pratiques innovantes

Il a été préparé grâce au Concours lancé en 2015. En décembre 2017 et janvier 2018, les 35 meilleurs participants au Concours ont été contactés sur le terrain pour vérifier comment fonctionnent leurs innovations proposées. Certaines propositions étaient déjà abandonnées depuis 2015, mais la plupart étaient bien appliquées, voir même améliorées. Finalement, les 16 innovations ont été jugées intéressantes  et méritaient bien d’être vulgarisées dans ce Guide.

Organisation des ateliers inter régionaux

L’objectif principal des ateliers inter régionaux est de relancer une vaste campagne de vulgarisation des innovations techniques et organisationnelles visant la réduction des pertes après capture et la vente des crabes  en meilleure forme, pleins et vigoureux (donc payés plus cher par les exportateurs).


Quelques Photos de l’atelier

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