Informations sur l’ICAM

Informations relatives aux Intoxications par la Consommation des Animaux Marins (ICAM) 

Dans notre région de l’Océan Indien, plusieurs types d’ICAM sont rencontrés et mettent en cause une ou plusieurs biotoxines.  Schématiquement, la chaîne alimentaire marine met en jeu 3 types d’acteurs :

– Un organisme producteur de toxines, qui peut être :

– une bactérie ;

– une micro-algue (cyanobactérie, diatomée, péridinien)

– Des animaux marins qui assurent au travers des différents niveaux de la chaîne alimentaire la remontée et la concentration des toxines vers les niveaux supérieurs,

– Un prédateur final : l’homme.

Certains animaux marins peuvent toutefois véhiculer simultanément plusieurs types de toxines ce qui complique quelque peu l’approche. Ces toxines peuvent aussi affecter les animaux marins en entraînant des mortalités massives de poissons ou d’oiseaux s’ils s’avèrent sensibles. L’aliment consommé étant l’un des éléments clés de diagnostic positif et différentiel, c’est en fonction de l’animal incriminé qu’il a été choisi de présenter ici quelques principaux types de tableaux cliniques qui peuvent se présenter. La disposition de cette connaissance est extrêmement utile pour interpréter les informations collectées auprès du Centre de Santé de Base, des hôpitaux et des villageois et de tirer de conclusions à propos des origines des intoxications à partir des différentes troubles provoquées.

            1- Bactéries

Les agents infectieux les plus souvent en cause sont les bactéries (Salmonella, Staphylococcus, Clostridium, Camphylobacter) et certains virus commes les rotavirus. La prévention nécessite des mesures à tous les stades de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la transformation, la fabrication et la préparation des aliments. Diverses précautions sont à prendre pour éviter toute contamination des alimentet donc assurer leur salubrité

            2- Cyanophytes ou Cyanobactéries

Certaines de ces micro-algues peuvent être une des origines de l’ICAM. Les toxines cyanobactériennes sont des poisons naturels emmagasinés dans les cellules de certaines espèces de cyanobactéries. Ces toxines peuvent être séparées en différentes catégories : certaines d’entre elles peuvent attaquer le foie (hépatotoxines) ou le système nerveux (neurotoxines), alors que d’autres ne font qu’irriter la peau. Ces toxines sont normalement libérées dans l’eau lors de la rupture ou de la mort des cellules. Parmi les toxines cyanobactériennes, il y a les microcystines qui sont de toxines produites et libérées par une Cyanobactérie ayant pour nom Microcystis aeruginosa. Les microcystines sont les toxines cyanobactériennes que l’on retrouve le plus fréquemment dans l’eau, et ce sont aussi celles qui sont le plus souvent la cause d’intoxication chez les animaux et chez les humains qui entrent en contact avec des fleurs d’eau toxiques. Les microcystines sont extrêmement stables dans l’eau grâce à leur structure chimique qui leur permet de survivre dans les eaux tièdes et froides et de tolérer des changements importants dans la composition chimique de l’eau, notamment le pH.

Symptômes

Si une personne avale de l’eau, du poisson ou des produits à base d’algues bleues présentant des taux élevés de toxines, elle pourra présenter des maux de tête, de la fièvre, de la diarrhée, des douleurs abdominales, des nausées et des vomissements.

Si une personne nage dans de l’eau contaminée, elle pourra avoir les yeux et la peau qui piquent et qui sont irrités, ou d’autres réactions allergiques ressemblant à la fièvre des foins.

            3- Dinophytes

Le groupe de Dinoflagellés (Dinoflagellata) ou Péridiniens forme la catégorie des protistes.

Ce sont des micro-organismes aquatiques (marins ou dulçaquicoles). La plupart des organismes photosynthétiques sont assimilés à des algues unicellulaires, en majorité biflagellées.

Phycotoxines de Péridiniens

Certains Dinoflagellés peuvent sécréter des phycotoxines (des toxines algales) dans certaines circonstances, en particulier à l’occasion des multiplications soudaines (on parle alors d’efflorescences ou blooming). Ces toxines seraient un moyen de protection et de limitation de la prédation par les phytophages (zooplancton, coquillages poissons filtreurs).

Ces toxines provoquent différents troubles, base de la classification :

· Toxines diarrhéiques DSP, Diarrheic Shellfish Poison), produites par les Dinoflagellés des genres Dinophysis et Prorocentrum, dont le type est l’acide okadaïque. Elles provoquent plus ou moins rapidement diarrhée et vomissements (en 30 mn à 12 heures après l’ingestion de coquillages contaminés), rétrocédant spontanément en 2 à 3 jours, sans séquelles. Ces intoxications alimentaires sont relativement communes, sur toutes les côtes, souvent aux changements de saison (printemps, automne) ;

· Toxines paralysantes (PSP, Paralytic Shellfish Poison), produites par les Dinoflagellés des genres AlexandriumGonyaulaxGymnodinium et Pyrodinium, dont le type est la saxitoxine. Elles provoquent rapidement après l’ingestion de coquillages contaminés une paresthésie brutale (en 5 à 30 mn) des lèvres, du visage, des bras puis des jambes. Des cas graves sont signalés avec une incoordination motrice, de l’incohérence, et un risque de décès par paralysie respiratoire. Les normes retenues sont de 800 μg/kg pour la saxitoxine ;

· Toxines amnésiantes (ASP, Amnesic Shellfish Poison), produites par les diatomées du genre Pseudo-nitzschia. Elles provoquent rapidement après l’ingestion de coquillages contaminés une gastro-entérite (diarrhée et vomissements en 2 à 24 h) puis des symptômes neurologiques, avec céphalées, confusion, désorientation, et dans les cas graves, amnésie, puis coma mortel. Les enfants et les personnes âgées sont les plus sensibles. Les normes retenues sont de 20 mg/kg pour l’acide domoïque. Tous les coquillages peuvent être contaminés (huîtres, moules), mais aussi certains poissons (anchois), qui intoxiquent alors les oiseaux piscivores.

· Toxines cutanées, produites par le Dinoflagellé Ostreopsis ovata. Il s’agit d’une neurotoxine susceptible de provoquer des irritations cutanées, de la fièvre et une gêne respiratoire, la contamination se faisant par contact ou inhalation des embruns (aérosols marins, chargés en phycotoxines), et consommation des produits de la pêche contaminés. L’espèce est benthique (dans les sédiments marins), mais remonte en surface pour la floraison, et la toxine peut alors se concentrer dans la chaîne alimentaire. Il y a eu quelques épisodes toxiques en Italie (1998), et une alerte à Marseille en 2006.

· Ciguatera, produite par le Dinoflagellé Gambierdiscus toxicus. Il s’agit d’une intoxication alimentaire par consommation de chair de poissons contaminés (ichtyosarcotoxisme).

L’algue se multiplie sur le squelette du corail mort, et est broutée par les poissons perroquets. Cet organisme produit des toxines liées à la marée rouge.

 

Ciguatoxines

A partir de 1986, les chercheurs ont isolé une vingtaine de toxines présentes aux différents niveaux de la chaîne trophique, puis de déterminer leur structure moléculaire. Très puissantes, ces neurotoxines peuvent provoquer des perturbations des fonctions neurophysiologiques même à de très faibles doses.

            Symptômes

Avec un taux d’incidence annuel de près de 500 cas/100.000 habitants, la ciguatéra, ainsi baptisée du nom d’un mollusque cubain (« cigua ») provoquant des troubles analogues, apparaît comme un véritable problème de santé publique. Les premiers symptômes de la maladie, communément appelée « gratte », apparaissent 2 à 12 heures après le repas. On distingue des syndromes neurologiques :

– troubles de la sensibilité (picotements autour des lèvres et du nez, fourmillements des mains et des pieds ;

– sensations de brûlure au contact de l’eau froide) ;

– démangeaisons ;

– maux de tête ;

– sueurs ;

– frilosité ;

– fatigue ;

– gastro-intestinaux : nausées, vomissements, diarrhée ;

– cardio-vasculaires : hypotension, bradycardie ;

– musculaires et articulaires.

Dans les formes graves, on observe aussi parfois des troubles moteurs, respiratoires ou visuels.

Organes affectés par les toxines

Trois organes majeurs sont essentiellement affectés.

– Le système gastro-intestinal

– Le système neuro-sensitif

– Le système cardiovasculaire

Pourquoi les poissons deviennent-ils toxiques

La chaîne alimentaire de la ciguatera est essentiellement limitée aux poissons. L’intoxication consécutive à la consommation de mollusques et crustacés reste exceptionnelle. Les toxines produites en très faibles quantités par le dinoflagellé, sont ingérées par les poissons herbivores qui broutent les algues puis se concentrent dans leurs tissus. Elles s’accumulent ensuite dans l’organisme de leurs prédateurs, les poissons carnivores. Inoffensives pour le poisson, les toxines sont nocives pour l’Homme au-delà d’un certain seuil de tolérance.

Lutte contre les maladies dues à la ciguatera

Traitement curatif

Le traitement curatif est essentiellement symptomatique. Il est basé sur le mannitol à 20%, 500 ml/h, dose maxima 1g/kg (effet classiquement spectaculaire, en fait amélioration portant sur les douleurs et les troubles digestifs). Il a été montré que le mannitol en perfusion intraveineuse administré dans les 48 heures après le début de l’intoxication entrainerait une régression de symptômes.La lutte contre les biotoxines marines est difficile et la prévention de la maladie ne saurait être complète.

Préventif.

Une meilleure connaissance de la maladie et de sa biogène ainsi que le respect d’une réglementation stricte de la pêche ainsi que la consommation de poisson incriminés éviteraient notablement une telle mortalité ou incidence catastrophique. Il ne faut manger que les parties pauvres en graisses. Les parties les plus toxiques sont le foie et les viscères. Les ciguatoxines sont présentes dans le foie de poissons dont la chair est atoxique (ex: murènes). La prévention repose également sur la mise en place de réseaux de veille sanitaire.

 

Les principales mesures préventives sont l’inspection et l’échantillonnage sur les bancs de pêche, ainsi que l’analyse pour la recherche des toxines. Pour cela, on a fréquemment recours au titrage sur souris, avec chromatographie liquide haute performance (HPLC) de confirmation si le décès survient dans le quart d’heure qui suit.

En cas de détection de concentrations élevées de toxines, la récolte commerciale est immédiatement interdite.

                                                      Source Monsieur RABEARINTSOA Simon, Collaborateur du DGRHP, Responsable ICAM au MRHP

Bureau de l’Observatoire ICAM à Toliara

LES POISSONS ET TORTUES A RISQUE TOXIQUES A MADAGASCAR  Cliquer ici pour voir les photos 

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